Retour sur le kick-off du 27 février 2027

Fév 27, 2026

Pour son lancement officiel et première journée de réseau national, Stop Inceste a organisé au cinéma Korso de Fribourg un après-midi thématique autour de la projection du film « Cassandre » en présence de sa réalisatrice Hélène Merlin. Cette œuvre percutante nous a bouleversé·e·x·s et remué·e·x·s et c’était le but !

En allocution d’ouverture, Madame la Conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider a relevé la nécessité d’une responsabilité collective face aux victimes et survivant·e·s d’inceste et de l’importance de briser le déni sociétal. La Dre méd. Marie-Claude Hofner a porté la voix et les mots de soutien du GREVIO (Groupe d’experts sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique pour le Conseil de l’Europe) devant un public nombreux, composé d’environ 110 personnes concernées, de professionnel·le·s, d’artistes et de politiques.

Discours de la Conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider

Seules les paroles prononcées font foi.

Il est des sujets de société essentiels que l’on préférait ne pas avoir à aborder. Des sujets qui dérangent, qui nous concernent, qui nous bouleversent, qui blessent profondément. Des sujets qui enferment trop de personnes dans le silence et la honte. Des silences qui invisibilisent trop de parcours de vie. Des sujets que la plupart d’entre nous choisissent de taire. Des sujets qui nécessitent autant du courage – beaucoup de courage – que de hautes précautions intellectuelles.

Ces deux qualités forcent le respect. Je les ai trouvées chez vous, dans votre association «Stop Inceste», lors de notre rencontre de septembre dernier. Votre humanité et votre rigueur, ainsi que la maîtrise avec laquelle vous traitez d’un thème qui nous confronte aux abîmes de l’humanité m’ont impressionnée. Et c’est précisément mon profond respect de votre engagement qui me conduit à être ici aujourd’hui, pour vous exprimer mon soutien plein et entier.

Des chiffres effrayants
La violence sexuelle envers les enfants – a fortiori lorsque celle-ci intervient au sein de la famille – est rarement abordée en tant que telle. Pourtant, les chiffres sont effrayants. L’OMS estime que, dans le monde, une fille sur quatre et un garçon sur huit sont victimes d’abus sexuels. En France, une grande enquête conclut que 160’000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, soit un enfant abusé toutes les 3 minutes. Et en Suisse? La police enregistre chaque année environ 1000 plaintes pour actes sexuels sur des enfants. Près de 3 par jour !

Il s’agit de la partie émergée de l’iceberg : selon des enquêtes menées directement auprès de mineurs, notamment dans le domaine scolaire, on peut redouter que de trop nombreux enfants ont déjà été victimes de violences sexuelles avec contact physique. Et les conséquences sont durables et profondes: traumatismes, maladies psychiques, ruptures relationnelles, perte de sécurité, à vie. Cette violence détruit l’un des fondements essentiels de la sécurité affective d’un enfant: la confiance. La confiance envers les personnes de référence. La confiance en sa propre perception.

Malheureusement, dans ces situations, le silence est souvent assourdissant – tant du côté des auteurs ou de l’entourage, mais tragiquement aussi pour les victimes. Parfois par loyauté. Parfois par peur de détruire la cellule familiale. Parfois aussi par honte ou par impuissance. L’auteure Cécile Cée, qui est présente aujourd’hui, offre un éclairage courageux et personnel, pudique et édifiant sur les mécanismes entourant ces relations. Je la cite: «L’inceste, ce n’est jamais une histoire entre deux individus. C’est toujours une histoire de famille, de domination, de savoir qui commande et qui regarde ailleurs.»

Une question sociétale et politique
En tant que société, nous avons, depuis beaucoup trop longtemps, regardé ailleurs aussi. Or il ne s’agit pas de s’immiscer dans les espaces privés intimes des familles – quelle que soit leur organisation par ailleurs – mais lorsque les promesses et les secrets ne protègent pas les enfants, les jeunes, les personnes vulnérables, il ne s’agit plus d’une question privée, mais bien d’une question sociétale et donc politique.

En acceptant le postulat du conseiller national et membre du comité de l’association «Stop Inceste» Christophe Clivaz, le Conseil fédéral s’engage à mener une enquête nationale approfondie et à renforcer les mesures contre la violence sexuelle intrafamiliale envers les enfants. C’est une étape importante. Car ces données doivent nous aider à mieux protéger les victimes. Agir de manière efficace signifie aussi travailler en partenariat et en coopération avec les acteurs de la société civile. J’apprécie à sa juste valeur le fait de pouvoir compter sur votre collaboration et vos précieuses contributions.

En Suisse, la sensibilisation et la prise en considération de la problématique des violences sexuelles s’est renforcée ces dernières années, grâce à la ratification et l’entrée en vigueur de la Convention d’Istanbul, grâce à la feuille de route de la Confédération et des cantons sur les violences domestiques et, plus récemment, grâce à la première campagne nationale de prévention contre la violence domestique, sexuelle et de genre, qui a été lancée avec succès en novembre dernier. Pourtant, malgré ces avancées, il subsiste des angles morts, parmi lesquels figure la question des violences sexuelles au sein de la famille. Il est temps de considérer cette réalité également.

Briser le silence
Je schmerzhafter ein Thema ist, desto eher schauen wir weg. Diese traurige – und letztlich feige – Haltung will der Verein «Stop Inzest» durchbrechen. Mit Aufklärung. Mit Information. Und mit klaren politischen Forderungen: Also mit den zwanzig konkreten Massnahmen, die der Verein vorschlägt, um Kinder besser zu schützen, Fachpersonen zu stärken und das Schweigen zu durchbrechen. Ich danke «Stop Inzest» für sein wertvolles Engagement – für die Betroffenen, für die Prävention und für eine Gesellschaft, die hinschaut, statt wegzusehen. Für eine Gesellschaft, die Verantwortung übernimmt für ihre verletzlichsten Mitglieder.

Je souhaite clore mon propos avec les mots d’Anouk Grinberg, tirés de son roman Respect: «Je suis restée longtemps sans rien dire, sans même penser, à souffrir sans comprendre, et me conformer aux instincts de pouvoir de ceux qui ont failli me faire mourir. Je shoote dans les secrets, je shoote dans les mensonges et les hypocrisies. J’explose le tombeau où j’étais endormie.»

Source : Confédération suisse, admin.ch

Une table ronde et un dialogue avec le public a réuni Cécile Cée, autrice et spécialiste de la question, Hélène Merlin, réalisatrice et comédienne, Yvonne Kneubühler, directrice de Fachstelle Limita spécialisée dans la prévention des abus sexuels et Julia Gebrande, présidente de la Commission allemande indépendante chargée d’enquêter sur les abus sexuels sur enfants.

Durant cet échange, nous avons questionné ensemble le silence assourdissant et la chape de plomb qui entourent encore aujourd’hui ces violences au moment même où elles se passent. Nous avons également conceptualisé et discuté l’incestuel et son inscription au coeur de nos cultures occidentales, puis pensé l’art comme espace de révélation, de discours, de soin et de réparation. A cette occasion, nous avons débattu du vocabulaire et des termes à utiliser en français et en allemand.

« L’inceste ce n’est jamais une histoire entre deux individus. C’est toujours une histoire de famille, de domination, de savoir qui commande et qui regarde ailleurs. » Cécile Cée

Nous sommes toutes et tous concerné·e·s. Un enfant sur 10, un enfant sur 5 selon certaines statistiques. Il est temps d’ouvrir les yeux et de repenser l’inceste non pas comme une exception mais, selon les termes de Dorothée Dussy, comme « le berceau des dominations », comme le socle du pouvoir.

L’événement s’est terminé avec la diffusion du clip « Les enfants écorchés » réalisé par de Jean-Loup Fuchs et Paul Perret-Gentil de l’association Réminiscence.

Durant l’après-midi, la librairie L’art d’aimer a tenu un stand avec une sélection d’ouvrages sur la thématique. Tout l’événement a été traduit simultanément en français et en allemand par Veronika Westphal.

    Toute l’équipe de Stop Inceste et son comité remercient les personnes présentes pour leur soutien et leur engagement contre les violences sexuelles faites aux enfants.

    Je te crois est un verbe d’action !

    Les photos de l’événement

    Les photos ont été prises par Audrey Varone.
    Si vous apparaissez sur une photo et que vous ne le souhaitez pas, veuillez svp nous contacter.

    Avec le soutien financier de

     

     

    Commune de Villars-sur-Glâne

     

    Club de Fribourg

     La Bobine